L'apparition du Christ à Sierck-les-Bains

Le miracle, foi et incrédulité

Sierck les Bains devenait pour quelques semaines un sujet d’actualité brûlant chez les principaux médias de la presse écrite, parlée et télévisée : locale, nationale et même internationale! L’événement eut des échos jusqu’aux États-Unis et il reste gravé dans nos mémoires. 
 

Un matin, un passant lève son regard vers la façade d’un petit immeuble collectif construit dans les années 60 sur la place de l’actuelle mairie. Le revêtement de cette façade est un mouchetis gris blanc classique à base de chaux. Ce matériau est très sensible à l’eau et à l’humidité. La ville, située sur les bords de la Moselle, est bien entendu soumise à cette humidité ambiante et de plus le bâtiment en question se situe à deux pas du célèbre ruisseau de Montenach de la non moins célèbre ancienne abbaye de Marienfloss.

Que distingue ce passant sur ce mur qu’il regarde machinalement depuis tant de fois qu’il passe sur cette petite place ? Il remarque enfin la « tache » qui ipso facto n’en est plus une, mais une fresque représentant Jésus-Christ ! Ce n’est pas banal ! Alors le promeneur n’en revient pas. Un second passant s’arrête, un troisième, un quatrième et ainsi de suite. En quelques heures et en quelques jours c’est le canton, puis la région et les régions voisines allemandes et luxembourgeoises qui se déplacent pour découvrirent la fameuse « tache » que la population et les curieux nommeront l’«Apparition » ou le « Christ de Sierck », apparu à deux pas de l’ancienne synagogue, détruite en 1945, des Récollets abattus en 1978 et du Ruisseau de Montenach en direction de Marienfloss, ancienne abbaye détruite en 1792. Ce lieu de confluence a marqué les consciences.
 


Depuis combien de temps était-il là ? Et personne ne le remarquait!

Le Christ de Sierck apparition

Et bien sûr, comme au début de toute affaire de ce genre, la polémique s’installe et les esprits s’échauffent. Mais à Sierck-les-Bains ce n’est pas un fait rapporté par de braves et pieux bergers ou bergères. Non, il s’agit d’un phénomène permanent que tout le monde peut venir constater, regarder, commenter et toucher même. Il y a du concret et de la matière. Même la matière ferait douter un matérialiste. Personne ne peut contester la fidèle représentation Jésus-Christ. La ressemblance est flagrante, criante et sans appel ! Sans admettre un signe du ciel, c’est bien le portrait naturel du Christ dont il s’agit et non l’œuvre pictural d’un artiste anonyme et personne ne le conteste, sauf quelques septiques chroniques !

La population est partagée. Il y a ceux qui voudront voir dans ce phénomène un signe du ciel et les éternels cartésiens qui ne voudront voir qu’un signe « accidentel » d’un mélange d’eau et de chaux. Tout s’explique pour eux et ils n’ont pas tort du tout, car, toute manifestation qu’elle soit d’ordre matérielle ou divine se révèle dans notre univers par des phénomènes concrets et matériels. Alors comment savoir ?

Monsieur Henri Broch, éminent physicien niçois, docteur es science et maître de conférence à l’université de Nice, fait spécialement 2150 kilomètres, selon l’article du Républicain Lorrain du 19 septembre 1985, pour expliquer à la foule qu’elle est crédule. Dans ses propos qu’il tiendra publiquement il affirmera que cette tache de Sierck les Bains est un phénomène naturel ! Son déplacement était inutile, tout le monde l’avait compris.

Mais qui pourra nous expliquer s’il s’agit d’un signe du ciel ? Ce ne sera pas certes un homme de science naturelle puisque celui-ci n’étudie que les phénomènes évidemment naturels et nie bien entendu par conséquent tout intervention surnaturelle. Un signe du ciel ne peut donc être expliqué que par un homme de science spirituelle. Pour l’instant aucun de ces scientifiques ne s’exprime ou ne veut s’exprimer. Comme ils ont raison. Combien sont tombés dans le piège tendu par les séductions du prince de ce monde ? Un signe « banal » ne suffit pas pour établir un lien entre le Ciel et la Terre. Mais se borner à trouver une explication exclusivement matérielle est un signe d’ignorance. Le silence inspire la foi...

L’eau et la chaux ? N’est-ce pas déjà un pas vers le rapprochement de l’eau et du feu ? N’est-ce pas dans ce genre de dualité qu’éclate la vérité ou la révélation ? Mais ceci est une autre histoire. Une psychose collective se développe-t-elle? Le fameux phénomène prend de l’ampleur. La machine « infernale » s’ébranle. La presse régionale, nationale, la télévision nationale et internationale relaient l’actualité, quoi de plus logique ? Les médias énormes caisses de résonance ne font qu’alimenter l’événement. Mais en alimentant l’événement on alimente bien entendu la polémique.

Dans un article intitulé « Une tache sur un mur : le Christ apparaît à Sierck-les-Bains », Le « Républicain Lorrain » du 11 septembre 1985 relate ... telle cette dame aux cheveux gris : « au début, ça m’a pas impressionnée, mais plus je regarde, plus je crois qu’il s’agit du Christ. Cette tâche, dit-elle, date des dernières inondations catastrophiques de la Moselle. Jésus est là pour nous protéger contre de nouvelles crues. »

Il est vrai que la petite ville est arrosée par la Moselle. Ceci n’est pas au sens figuré, car elle est bel et bien baignée par la Moselle. Quand celle-ci déborde, c’est une catastrophe, comme en 1983. Dans l’imaginaire populaire l’eau est partout. Le Dragon se réveille-t-il ? Le journal local de reprendre les mots d’un autre passant non des moins illustres sur le plan local : « Quand je lève la tête je vois des nuages. A partir de leurs formes, on peut imaginer n’importe quoi. » Autre témoignage : L’archiprêtre de Sierck-les-Bains refuse de se prononcer. Nous ne saurons pas ce que le sage « Curé de Marienfloss » pensait de cet événement. M. voisin direct précise : « Il a cinq ou six ans, un des occupants de la maison a mis dans la baignoire une carpe pêchée dans la Moselle. A la suite d’une fausse manoeuvre, la carpe a bouché le tuyau d’évacuation et la baignoire a débordé, ce qui a provoqué une inondation. La tache existe depuis cette date. Mais elle n’a pris que très récemment son apparence actuelle. »

Quand bien même la carpe pêchée dans les eaux de la Moselle aurait bouché l’orifice d’écoulement de la baignoire dans laquelle elle s’ébattait ! Et si c’est cette carpe à l’origine de ces dégâts était un signe? Le poisson est le signe des chrétiens. Le poisson donne sa forme à la mitre de l’évêque. Le poisson c’est le Christ qui maintient à flots le bateau de son église. Tout est symbole dans notre univers.

Le pays souhaitait relancer le tourisme justement. Quelques commerçants ont travaillé un peu plus qu’à l’ordinaire les jours ou les semaines qui suivirent l’évènement. Une bataille d’une nouvelle « multiplication des petits pains et des croissants » s’amorça. La boulangerie proche du lieu miraculeux désorganisait l’équilibre de la bonne entente des boulangers du bourg! C’était là pour les responsables de la ville le miracle. Notables et hommes de pouvoirs n’avaient pas programmé pour Sierck-les-Bains un tourisme religieux. Aussi les rationalistes et les modérés ont serré le « frein à main ». L’événement perdit de son ampleur et les médias relayèrent l’événement au second, puis au dernier plan avant d’oublier la petite ville. Est-ce la voix de la raison qui inspira les détenteurs du pouvoir de lier et de délier les affaires dans l’arrondissement ?

Sierck-les-Bains reprit le cours d’une vie « normale ». Quelques passionnés, éclairés, menèrent un combat d’arrière garde, mais en vain. Et pourtant comme ils ont aimé leur petite ville et voulu défendre l’économie locale ! La région a encore bien en mémoire cette affaire timidement entretenue.

Les manifestations surnaturelles, telles que Lourdes, Fatima, la Salette et bien d’autres ont donné lieu à un message aux plus humbles : des bergers ou bergères souvent. De nos jours ils sont rares et les grottes ou endroits déserts sont envahis de touristes. Nos esprits sont sollicités par tant de choses matérielles et spectaculaires que nous nous confondons avec la matière. L’apparition de Sierck est en sommeil et elle garde son mystère ou plutôt sa question sans réponse spirituelle. Mais faut-il croire pour voir 

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