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Bruch, un village oublié près de Sierck-les-Bains

Les origines du Couvent de Bruch - l'Abbaye cistercienne

Marienfloss Sierck-Rettel

Par Francis André-Cartigny

Les origines du Couvent de Bruch - l'Abbaye cistercienne


Arrosé par le ruisseau de Montenach, l’endroit est étroit et la terre y est féconde. Le cours d’eau y a déposé de riches alluvions venant des plateaux céréaliers supérieurs. Comme de nombreux sites chrétiens celui-ci a probablement été implanté sur des lieux de culte païen. Le vallon creusé par le ruisseau a mis à jour de superbes rochers entre lesquels bondit l’eau venue parfois en avalanche des hauteurs de Montenach. Des arbres ont trouvé racines. L’eau, les arbres et les rochers voilà des supports de méditations druidiques. Les abbayes cisterciennes avaient justement pour mission de lutter contre le paganisme toujours vivace jusqu’au Moyen-âge, dans nos régions. En 1227, le concile provincial de Trèves rappelle et continue à interdire l’adoration des fontaines, des arbres et tout autre élément. On peut imaginer que le passage de Saint Bernard en 1147 soit pour quelque chose dans un projet d'implantation d'une abbaye cistercienne dans la région de Sierck.

Le couvent se nomme en 1292, le couvent de Sainte Val Marie - Marienthal ou encore de Bruch-lès-Sierck, puis en 1409 Couvent de Bruch. (et Marienfloss?)

Le Duc de Lorraine Mathieu cède le 24 juin 1238 à des religieuses cisterciennes une grande partie du domaine de Koenigsberg, sur les hauteurs de l’Altenberg. Il souhaite que le futur monastère défriche une partie de la forêt et y prenne une contenance de terrain en quantité suffisante pour y établir une ferme et une habitation. (Les Cahiers Lorrains - Abbé Dicop - 3 et 4 octobre 1992). Cette cession et cette reconnaissance se fait à la Saint-Jean baptiste ce qui est significatif et hautement symbolique.

Les membres de l’ordre de Cîteaux ne mangeaient pas de viande, comme nombres d'ordres chrétiens de cette époque. Etre végétarien signifiait refuser de manger tout ce qui vient de la génération, c’est à dire la chaire, sauf le poisson, les laitages et les oeufs. L’état de végétarien était généralement accompagné d’un état fondamental de non-violence. Le couvent est nommé alors Monasterium Rivuli Santae Mariae, c’est à dire la Rivière de Marie.

Les sœurs bernardines quitteront Marienfloss le 24 Septembre 1414 pour Freistroff. Le domaine n’est plus viable. Des chartreux de Trèves viendront alors s'établir à Marienfloss sous l'impulsion de Margarita von Wittelsbach de la Maison de Bavière.

Bruch-les-Sierck

Plan de Marienfloss
Par Francis André-Cartigny

Sur le territoire d’Ausnacker, non loin du Castel de Sierck dans la Vallée de Montenach, existait un petit village nommé Bruch. Il se tenait légèrement en hauteur, la vallée étant souvent inondée. Bruch (1) signifie endroit humide où jaillit une source, ou encore, marais et marécage. Les annales rapportent qu’il fut ravagé par un violent incendie dans les années 980. Des écrits de 938 rapportent que son église, placée sous le patronage de Saint Laurent des Champs, ne fut jamais restaurée.

L’Eglise de Rettel, certainement fondée à cette époque, aurait-elle héritée du saint patronage de Laurent ? On peut le supposer. Un ordonnance des autorités religieuses de ces temps précise en effet, que, suite à l’incendie de l’église d’Ausnacker, les habitants de la rive droite du Ruisseau de Montenach fréquenteront, à l’avenir l’église Saint Martin de Rustroff (2). Ausn-acker signifie "terre extérieure" proche géographiquement d’un autre lieu dit : Er-s-acker.

Des actes de 1242 relatent l'existence d’une communauté religieuse à cette endroit. En 1292, il est fait référence au Couvent de Sainte Val Marie (Marienthal), dit vulgairement Bruch-lès-Sierck, et encore en 1297, 1308, 1350 et 1409 d’un Couvent de Bruch. En 1414, il est question du Couvent de Marienfloss autrefois de Bruch. Finalement, on relève en 1625 : Marienflosser Bruch, ban de Rustroff.

Marienfloss apparaît donc en 1414 quand Marguerite de Bavière s’exile à Sierck, après son mariage malheureux avec le Duc de Lorraine. Elle invite ses amis, des frères chartreux, Adolphe d’Essen et Dominique de Prusse, à fonder une excroissance de la Chartreuse de Cologne et de Trèves.

(1) Bruch signifie endroit humide où jaillit une source, marais ou marécage. Buer masculin - la source, la fontaine - en allemand : die Quelle, der Brunne. De nombreux lieux dits ou villes portent un nom dérivé de Bruch, par exemple : la vallée de la Bruche (Vosges), canton de Bruche. Le dérivé roman bour vient du Platt, Buer comme Potenbour, une source au pied de l’Altenberg, ou encore Beesch de Beeschtroff (ban de Rettel) désigne également la source. Buer est à rapprocher également de Borvo, divinité celtique vénérée dans des lieux de source, tels la Bourboule, Bourbon l’Archambault etc. Le mot est à rapporter bien entendu à boue, bourbier.

(2) Article d'Emile Willem en 2001- Hebdomadaire l’ « Ami des Foyers Chrétiens ».

Jules Florange - Les cahiers luxembourgeois 1932 4 - Sierck sur Moselle

Page 400
 
C’est une donation faite en 938 à titre précaire par Ada[1] la nièce de Roger, évêque de Trèves, faveur de la cathédrale de Trèves, de son alleu de Bruch, sis dans le Pagus Rizigohensis, comté d’Ardenne. Les terrains longeant le ruisseau de Montenach jusqu’à son embouchure dans la Moselle firent partie sans doute de cette largesse, qui ne fait toutefois aucune mention de Sierck.
 
Ce hameau de Bruch, qui a dû souffrir lors de l’invasion des Normands, ne fut cependant pas détruit complètement, puisque nous retrouvons son nom dans des actes relatifs au Couvent de Marienfloss, érigé sur son emplacement en 1242, par exemple : en 1292, le couvent de Sainte Val Marie dit vulgairement Bruch-lès-Sierck ; en 1297, 1308, 1350 ; 1409 couvent de Bruch ; en 1414, le couvent de Marienfloss autrefois dit Bruch. Ce nom de Bruch qui se rencontre souvent dans notre région, désigne un endroit humide où jaillit une source. C’est bien la nature du terrain, au-dessus du couvent à gauche de la route avant de passer le petit pont conduisant la vallée. Enfin, on cite en 1625 : Marienflosser Bruch ban de Rustroff, et le cadastre actuel mentionne encore le nom de ce canton.

[1] Ada serait la sœur d’Effetia fondatrice du couvent de Rettel. (voir L’Eglise de Rettel – Siedlung unf Pfarrorganisation im alten Erzbistum Trier Landkapitel Perl)

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