Le sobriquet des rettelois

Rettler Bräisaak

Bräi
Rettel, un sobriquet Bräisäck

Bräi traduit par « bouillie » de légumes, de céréales ou de fruits, était une nourriture pour aux enfants. Les campagnards, jusqu’au début du 20ième siècle, se nourrissaient essentiellement, en hiver, de bouillies de céréales, de glands, de pommes de terre, de gros légumes, et parfois le tout mélangé.

Sak – pluriel Säck – traduit par sac ou poche tissée en lin. Bräisaak est une expression allemande et que l’on le retrouve souvent dans les écrits anciens: Klein Kinder, das immer wie ausgehungert scheint und nach dem Bräi schreit, soit petits enfants qui toujours apparaissent affamés et qui réclament bruyamment de la bouillie .

Braïsäck s’adressait donc à des « affamés permanents » et qui en veulent toujours plus. La soif, de terres fécondes nouvelles, des chartreux de Rettel était bien connue. le ban du village, en effet, est composé des belles terres. Certains ont voulu voir dans l’étymologie du nom de Rettel le mot allemand Rotheil qui signifie : terre fraîchement défrichée ?

On peut penser que ce sobriquet plutôt caustique s’adressait donc aux Chartreux, toujours en manque de terres céréalières et encore d’autres biens. Les populations anciennes en souffraient.

Les sobriquets n’étaient jamais aimables et les paysans voisins recevaient le mot, qui fait sourire jaune, qu’ils « méritaient », tels les habitants de Haute-Contz – Uewer-Konz, producteurs en série de haricots secs et verts, gratifiés de Bounesäck : Sacs d’haricots.

Le radical br se retrouve en Sanskrit et désigne un mouvement ou une action de tourner. Le mot Brei lui-même se retrouve dans les langages des régions « Moyenne Allemande ». Il apparaît à l’écrit au 8ième siècle, lié au verbe brauen, qui signifie brasser, mais pris dans le sens d’un brassage cuit. En bavarois/autrichien brauen et brei sont repris en un seul mot : Brein, brainstorming en anglais Il s’agit toujours de produits agricoles.

Enfin, il existe même une berceuse pour enfants, en Platt :Ale Bräisak, schliéfs de bal !, traduite par « Sacré (vieux) sac de bouillie, vas-tu bientôt dormir !»

On n’imagine pas de nos jours dans les crèches nos assistantes maternelles chanter cela, et encore moins en Platt…. Le premier sens du mot de ale(n) (adjectif) vieux, prend ici un sens affectif de gourmand.