La Moselle

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C’est une véritable percée qu’effectue la Moselle, à Sierck. Le plissement du massif occidental du Taunus, le Hunsrück, accompli à cet endroit son dernier soubresaut et vient mourir dans les eaux du Stromberg. Deux plaques terrestres, à une époque volcanique bien lointaine, se sont affrontées ici comme le confirme la géologie et la couleur écarlate des roches de la rive droite du fleuve et la couleur claire des falaises de la rive gauche. Le Val Sierckois est frontalier du Grand-Duché de Luxembourg et de l’Allemagne.
 
Avec la canalisation de la Moselle, la physionomie de la rivière s’est quelque peu modifiée. La navigation moderne exige des conditions de sécurité : balisage, nettoyage et constructions d’écluses, ce qui surélève, mais régularise également le niveau de l’eau. De nombreux gués millénaires ont été détruits.
 
Les chemins de halage d’un autre temps ont disparu sous de nouveaux quais. Les gués et les bacs sont devenus inutiles et surtout gênants à la navigation moderne. C’est le 26 mai 1964 qu’a lieu la cérémonie d’inauguration de la Moselle Canalisée à l’écluse de Trêves. Le Général De Gaule, Président de la République Française rejoindra la Grande Duchesse Charlotte de Luxembourg et le Président de la République Fédérale Allemande Lübtke à cette cérémonie par bateau et traversera ainsi Rettel.
 
Régulièrement la Moselle nous surprend, le temps de travaux d’entretien et son niveau baisse à cette occasion et laisse apparaître un paysage d’avant canalisation.


 

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Moselle se décompose en Mos et en elle. Il me plait de retrouver la racine hébraïque Mos qui signifie eau. Il existe en effet une étymologie commune à toutes les langues anciennes. Mos signifie également eau en celtique. La vallée de la Moselle a de tout temps été multiculturelle. Déjà au 1er Siècle, certains historiens rapportent l’hétéroclite de la population trèviroise : « en dehors des indigènes on comptait des grecs, des juifs de la diaspora, des égyptiens etc… » Il faut lire à ce sujet un très bel ouvrage de Monsieur Alain Simmer intitulé « La Frontière Linguistique » aux éditions Fensch-Vallée.





Moselle Rétro

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Bernard Sergent dans son ouvrage « Les Indo-Européens » - Payot - 1996 – remarque que les Eaux sont divinisées en Inde. Les langues indo-européennes désignent l’eau comme étant un être animé, au féminin. Il ajoute encore qu’il faut dans ce cas rapprocher les eaux féminines fécondes de la mythologie védique des fleuves et des rivières européens majoritairement féminins dans toute la zone celtique, germanique, balto-slave et en pays celtiques qui furent divinisés. En effet la Seine, la Meuse, la Moselle s'opposent au masculin du Rhin, du Rhône, du Danube, pour seuls exemples.
 
La Seine s’oppose à la Saône, la Meuse (Maas) à la Moselle (Mosel), le Rhin au Rhône, le Danube (Donau) au Don, plus près de nous la Sûre (Sauer) à la Sarre (Saar), la Seille à la Saulx, la Kanner à la Gander (d’Ganer), etc.
 
Dans certains cas les mots désignant l’eau sont composés d’un préfixe *ap, comme en sanskrit apáh, en latin amnis, en hittite habas, irlandais abann et signifient souvent rivières, de même sans doute apa dans la langue du bloc du Nord-Ouest et dans le groupe strictement européen du latin: aqua , gothique Ahwa, et ses dérivés allemand, Auer, prairie marécageuse.

Moselle à sec

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Dans nos régions de telles survivances linguistiques parmi les appellations de nos nombreux ruisseaux apparaissent, par exemple, sous le nom de Aaltbaach ou Altbach - ruisseau de la prairie marécageuse. Et aussi Apach, village frontalier sur les bords de la Moselle, face au Stromberg face à un autre village qui a gardé ses secrets : Schengen au Grand-Duché de Luxembourg.
 
Après les débordements de la Moselle malheureusement des détritus charriés et laissés par ces crus jonchent les chemins, les champs, les rives : illustration d’une société modernisée. La Vallée de la Moselle, route immense, grand fleuve a vu passer un commerce que nous n’imaginons plus aujourd’hui. Que de fromage de Hollande ! Que vin de Toul! Que de saumons, de harengs, de bois des Vosges etc... ! Nous autres badauds à pieds ou à bicyclette, insouciants sur la piste aménagée nous ne le soupçonnons pas. Mais combien de drames la Moselle a-t-elle été témoin ou actrice et victime ! Que d’objets dragués, cassés, broyés, jetés, retrouvés au fond du lit du fleuve lors des travaux de la grande canalisation ! Que de gués magiques, œuvres de paysans ou de travailleurs forcés d’une époque lointaine et antique ont disparus à jamais avec la peine de ces pauvres travailleurs. Que de fées et d’ondines ou même de dragons dérangés par un odieux dynamitage du lit du fleuve ?
 
Les gués, des chemins mouillés sont comparables à des Noués bretons, séparant deux mondes disait-ton. Construits à des emplacements précis sous la haute direction et la science des prêtres ou des druides. N’est-ce pas un peu de notre âme ou de celle d’un pays qui est partie avec les petits poissons lors de ces chambardements ? Tout comme l’humus, les Egyptiens divinisaient les alluvions. Elles ont donné la vie, avant d'être évacuées.

Débordements