Montenach Vallée

La vallée de Montenach

Valée de Montenach
« Ne peut-on pas voir dans les fleuves et les rivières le sang de la terre qui irrigue et nourrit sa substance ? » La Wouivre, Kintia Appavou et Régor R.Mougeot. – Editions La Table d’Emeraude
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Le réseau fluvial de la Rive droite de la Moselle

Le réseau des ruisseaux de la rive droite de la Moselle

La Vallée de Montenacg

Les petits cours d’eau ont la particularité, dans nos régions de prendre le nom des localités qu’ils traversent. Le Ruisseau de Montenach arrose le Moulin de Sulzen et la chapelle de Marienfloss, pour se jeter finalement dans la Moselle à Sierck-lès­Bains. Il est formé de deux réseaux fluviaux, l’un venant de Haute-Sierck et le second, plus important, venant des hauteurs significatives du Löschenbruchberg, du Méchelsberg et de Launstroff. Mais la majeure partie de l’eau drainée par de nombreux petits cours d’eau provient du Méchelsberg, altitude 341m.

Montenach, altitude de 200m, se trouve au cœur d’un formidable carrefour de voies naturelles d’eau, qui, pour la plupart, prennent leurs sources à une altitude d’environ 350 m.

Le charme de Montenach réside dans les nombreuses collines verdoyantes qui l’entourent et qui l’encerclent de façon abrupte. Ne parle-t-on pas de Montenach et de ses sept collines ? Ces nombreuses hauteurs donnent naissance à ces ruisseaux et se regroupent à la hauteur du village qui lui même, rappelons le, est situé qu’à 200m d’altitude. Le dénivellement est soudain et important. C’est dire qu’en cas de précipitation, le débit de l’eau l’est également.

Le cours d’eau augmente en aval de Montenach, à peine à un kilomètre, quand le ruisseau de la Höllebach vient l’alimenter et former un nouveau cours d’eau encore plus important dans une vallée étroite et mystérieuse de trois à quatre kilomètres de long, jusqu’à Sierck-lès-Bains son « terminus ».

Höllebach se traduit par l’allemand Hölle 1, grotte, et Bach, ruisseau. Höllebach signifie donc ruisseau des grottes.

Marienfloss est en quelque sort la conclusion de ce réseau composé d’une multitude de ruisseaux, de sources et de fontaines qui pour la plupart viennent du Méchelsberg, traduit par Mont-Saint Michel, au dessus du village de Montenach.

C’est en plein centre de Sierck-lès-Bains que le ruisseau disparaît dans la Moselle, face au Stromberg et dans un axe qui relie ce sommet à celui du Klaussberg, lieu ancien également au-dessus de Montenach.

Le ruisseau de la Höllebach change aussi plusieurs fois de nom depuis sa source près de Launstroff. Launstroff, petite localité, se situe à l’opposé de Sierck du même canton. Launstroff fut une courte période de 1800 à 1806, chef lieu de canton. D’une longueur d’environ 16 kms, le ruisseau se nomme successivement Wasbach, Höchelbach, Hangoldbach et enfin Ruisseau de Montenach 2. Il possède deux affluents sur la rive gauche. La presque totalité de ses affluents se trouve donc sur la rive droite et prennent donc leur source sur les hauteurs du Méchelsberg.

C’est l’image du personnage mythique et curieux de Mélusine que décrivent les neuf cours d’eau, notamment le Krembergbach, venant du sommet du Krembach et la Mortzbach venant des hauteurs de Kirsch-lès-Sierck.

Au XVIIième siècle, dans le seul finage de Montenach le ruisseau activait six moulins. Les autres ruisseaux des environs, notamment le ruisseau d’Apach, comptaient également un certain nombre de moulins. C’est dire l’importance de la production céréalière du plateau de Kirsch, toujours au-dessus de Montenach.

L’eau comme toute chose, présente une face agréable et utile mais elle masque parfois une face plus inquiétante voir dramatique et tragique. La vallée du ruisseau de Montenach peut en cas de fortes pluies, subites et soutenue se révéler être un véritable entonnoir.

Ainsi les inondations suivantes sont à déplorer : Les Archives de la Ville de Sierck relatent (selon J.M. GREGOIRE) la catastrophe de 1750 ainsi :

« Le 16 juillet 1750 vers 4 h 1/4 du soir, par un beau soleil, les eaux du ruisseau, subitement grossies par une trombe d’eau qui venait d’éclater dans les environs de Montenach et de Haute-Sierck, vinrent fondre avec tant de rapidité sur Sierck que les soldats qui étaient de faction hors la porte de Sarrelouis n’ont que le temps de gagner les hauteurs en quittant leurs écuelles et leurs soupes qu’ils mangeaient pour lors. Les eaux entraînaient avec elles des foins et des pierres qui firent bientôt fermer les grilles du pont qui cédèrent sous cette forte pression et en moins d’une demi-heure, 12 maisons, 11 tanneries et 3 chamoiseries, 19 jardins avec leurs murs, 70 toises de murs d’enceinte en deux endroits, le moulin banal avec les deux tournants et toutes les appartenances et aisances. Endommageant considérablement 54 maisons, les fondements de 1 ‘botel de ville, renversant les deux ponts et les dernières de 27 maisons qui donnent sur la Moselle. 24 personnes furent noyées, une quantité de chevaux, vaches et porcs. La perte des effets emportés a été’ estimé à plus de 100 000 Livres. »

Autres inondations à déplorer :

En 1778, Sierck est envahi par une inondation presque aussi forte qu’en 1750. En 1795, les habitants de la place du marché à Sierck échappèrent à la mort en s’échappant par des planches. En 1920, Montenach subit des dégâts importants, les eaux ravageant maisons et fermes. Sierck étant déjà en crue par les eaux de la Moselle. En 1970, malgré les travaux importants de 1922 et 1968, les eaux envahissent encore le village de Montenach.

Marienfloss ne se tient pas par hasard dans cette vallée étroite de tous les dangers de l’eau. Le Mythe de la gardienne de l’eau s’applique-t-il également à cette vallée ? Celle-ci aurait-elle manqué d’honorer son saint sauroctone et auxiliateur et protecteur : saint Cyriaque dans sa chapelle sur les hauteurs de la Klauss à Montenach ?

Aussi pour découvrir et « imaginer » l’histoire du ruisseau de Montenach et de sa vallée il convient d’examiner aussi la géographie locale et de prendre connaissance de sa toponymie, l’hydrologie et de a tautologie du pays. La toponymie : les noms des lieux sont sans doute ce qui reflète le mieux l’évolution historique et sociale d’une population.

La vallée de Montenach a toujours éveillé l’imaginaire des populations de la région. Les anciens parlaient de la Vallée de Montenach avec pleins de mystères. Le paysage est pittoresque, inhabituel. Il y règne un climat et une atmosphère particulière. Tout concours à attirer un tourisme raisonnable et calme, pourquoi pas mystique. La nature nous domine, nous observe, et nous guette.

La chapelle de Marienfloss nous invite à remonter sa vallée jusqu’à l’autre chapelle du Klaussberg. Rustroff, haut lieu religieux, n’est pas loin. La ferme de Koenigsberg sur les hauteurs de l’Altenberg, proche, nous rappelle encore la présence réminiscence des Chartreux de Rettel. Enfin de cette vallée nos aïeux en parlaient sur le ton du secret, avec plein de réserves qui traduisaient un soupçon de crainte injustifiable ou injustifiée, héritée de la nuit des temps. Montenach et sa vallée est mystérieuse et souriante telle une fée capable du pire et du meilleur. Le promeneur de toutes les saisons, de la ville ou de la région se plaît à rendre visite au le village qui sait le retenir par ses auberges souriantes, populaires et fidèles à la tradition. Elles aussi font partie de l’histoire et du patrimoine du village, si ce n’est de la région de la région entière.

Marienfloss, dans ses origines et sa forme lointaines fut peut-être la gardienne de l’eau, comme se fut très souvent le cas à l’époque préchrétienne.

1 Hölle en allemand, Hiel en luxembourgeois, signifie grotte ou caverne. Ces mots sont proches phonétiquement et étymologiquement de Hell traduit par le même mot en anglais, en allemand et en luxembourgeois par enfer. Ces endroits humides et noirs, les cavernes de montagnes ne sont-ils pas comparables à ce que peut représenter l’engloutissement de l’eau, l’enfer. Beaucoup d’appellation de ruisseaux, de fleuves ou de régions aquatiques, proches de l’eau possèdent la racine étymologique ell ou hell comme l’Ill en Alsace ou encore l’Ile et Vilaine, etc. Dans nos régions les villages, lieux dits ou cours d’eau ayant la racine ell ou hell sont nombreux : elange, Helling, Hellange, Illange etc Il faut bien le rappeler que notre cadastre est un témoin historique et précieux, témoin de cette époque de tradition orale celtique (gauloise). Protégeons ces traces de nos origines les plus lointaines. Les remembrements, les morcellements de terre ou les constructions anarchiques ont tendance à annuler ces nombreux lieux-dits dans leur appellation d’origine sur notre cadastre. Evitons de renommer des lotissements, quartiers de villes ou villages « nouveaux » par des noms fantaisistes. Enfin il faut le remarquer, les appellations de nos cadastres ne sont pas toutes, et bien loin s’en faut, d’origine latine ou romaine. Le cadastre existait bien avant l’arrivée des Romains.

2 Bach, en allemand et Baach en luxembourgeois signifie ruisseau. Fluss, en allemand, Flass ou Floss en platt signifiant cours d’eau.

Le Klaussberg de Montenach

Montenach et son Klausberg

Le Klaussberg - d’Klauss Altitude de 312m

Il domine Montenach, là où se dresse la Chapelle de la Klauss. Celle-ci est placée sous le patronage de saint Cyriaque, mais, elle est également dédiée aux Saints Auxiliaires. Jusqu’au début du 19ième siècle cette chapelle, haut lieu de prières et de dévotion, faisait l’objet d’un pèlerinage très important. Les quatorze saints auxiliaires sont invoqués pour la guérison de maux très précis et contre le démon qui serait à l’origine des souffrances et des maladies en général.

Mathieu II, Duc de Lorraine, ordonne en 1235 la construction de la Chapelle saint Cyriaque sur les hauteurs du Klaussberg. Il officialisera en 1238 la création de la communauté des moniales Cisterciennes de Marienfloss. Cette initiative répond aux persistances païennes dans la région. Le site religieux de la chapelle de la Klauss n’est donc pas récent et se substitue à un site païen probablement ainsi que Marienfloss comme cela est courant.
Il fut question d’un ermitage sur les hauteurs de Montenach et ceci peut être expliquée par le mot « Klauss ». Un ermite était un homme de religion, un maître ou un éducateur vivant sur son ermitage qu’il entretenait. Il y priait et se livrait à la méditation. Ces religieux ont-ils été les successeurs de ces anciens prêtres païens, les druides ? Les croyances païennes sont restées fortement ancrées dans la mémoire des paysans d’antan, l’origine du mot « païen » vient du latin pagus, qui désignait les païens nombreux dans les campagnes.

Les pèlerinages contemporains à saint Cyriaque et aux saints auxiliaires de Montenach se déroulent le jour des rogations et le 8 ou le 10 Août. Saint Cyriaque et la saint Laurent, sont saints protecteurs contre la foudre.

Les croyances païennes étaient les recours contre les « mauvaises » forces dirigées contre leurs misérables existences des populations campagnardes : météorologie dévastatrice des champs et des récoltes et contre les calamités qui frappaient les populations et leurs maladies de toutes sortes, le feu, les inondations, les guerres, les pillages et les disettes etc….

Les rogations, ces "promenades matinales" à travers la nature, furent de belles fêtes d’une tradition bien lointaine dans le temps ! Les rogations ne sont-elles pas fêtes de substitution des fêtes païennes ? Les prières et les processions à travers les champs pour obtenir de Dieu, par l’intermédiaire des saints invoqués dans les litanies, la protection des récoltes à l’époque proche du solstice d’été, propice aux catastrophes météorologiques de toutes sortes : sècheresse ou orages, foudre et grêle etc.… ?

Quant pèlerinage qui avait lieu les 8 et ou le 10 août, jour de la saint Laurent, nous osons imaginer qu’il eut un lien avec l’église de l’ancien village de Bruch, dont il était le patron. Cette église a disparu par le feu au moyen-âge. Ce village se nommait d’ailleurs saint Laurent aux Champs et se situait sur le territoire de l’actuelle Marienfloss. Laurent vient de laurier. Il est la traduction de feu éclatant. Un laurier en feu crépite ! Saint Laurent, fut martyre par le feu. Il est l’héritier d’Apollon, le dieu romain de la lumière. Selon certaines sources Saint Laurent aurait pu prendre la place de Gargantua, le géant successeur du Dragon, qui était honoré par les païens aux endroits liés à l’eau.

Henri Donteville dans « Mythologie française » aux éditions Payot, page 156, écrit à propos des rogations : « La date de calendrier de beaucoup la plus fréquente des cérémonies commémoratives, est celle des Rogations et spécialement le troisième jour. A cette époque de l’année, il s’agit, par prières appropriées, de protéger les récoltes naissantes contre les maux des eaux. Au troisième jour, le « Dragon » doit être détruit ou moins jugulé. »

Le pèlerinage au Klaussberg est ainsi une survivance d’une très ancienne tradition ou d’un très ancien rite, lié à l’eau et au Dragon mais aussi au feu, quand les céréales risquent de flamber par le feu que peuvent déclencher les orages d’avant et de fin d’été. Et puis, au pied du Klaussberg, deux ruisseaux convergent et par gros temps de pluie, les débordements étaient fréquents.

Klaussberg, signifie littéralement en allemand « colline de Nicolas ». Saint Nicolas est un saint sauroctone, lié à l’eau et au démon. Il est le patron des bateliers, avant d’être celui des enfants, et le protecteur contre les inondations. L’origine de la croyance en saint Nicolas prend ses racines dans le plus profond de l’antiquité païenne !

Le Klaussberg est la pointe avancée de ces grands plateaux céréaliers de la région de Kirschnaumen et de Montenach. Saint Nicolas surveille, pensait-on, tant l’eau que le feu !


Documents des Cahiers Lorrains :

Montenach, le riche passé des  Sept Collines de Montenach du paléolithique à l'époque mérovingienne - Alphonse Gambs

 

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