L'abbaye bénédictine - Naissance d'un village

Rettel et l’Abbaye bénédictine - 1 - Naissance d’un village

Le couvent 1908

L’apparition de Rettel dans l’histoire est indissociable de celle de son couvent. Il est fort probable, qu’à son emplacement se situait déjà un domaine ou un grand jardin, ou encore une villa romaine compte tenu du micro climat qui profite agréablement au territoire du village. L'installation d’une abbaye bénédictine dans la vallée, aux environs des toutes dernières années du 8ième siècle, allait donner naissance à un véritable bourg structuré parmi les biens ecclésiastiques.


Le sempiternel rappel d’Effetia, mystérieuse sœur de Charlemagne, supposée avoir été la fondatrice, soulève bien des questions et avant tout celle de l’origine du nom de Rettel : Rotila. Celui-ci a été servi à toutes les sauces historiques et étymologiques.


Disons de suite que l’Ordre de Saint Benoît, dans sa mission chrétienne d'aide aux malades, installait obligatoirement ses abbayes près de l’eau. Il devait disposer d'un moulin, d'un atelier, d'un jardin et défricher généreusement. A Rettel, l’eau ne manque pas : la Moselle coule à proximité du couvent. Quant au moulin il s’agissait de celui de Millchesbuer, traduit par "la source du moulin". Cette fontaine existe toujours au pied de la falaise de la Forêt de Buis, Pällembësch, face à Berg sur Moselle, Bierg. Le défrichement massif déjà entrepris abusivement par les Romains, au cours de la conquête de la Gaule, les bénédictins le poursuivirent activement à l’heure de la renaissance carolingienne. Cette activité agricole pourrait justifier le nom de Rothila, désignant alors le village dans les chartes du temps de Charlemagne. En effet le mot est d’origine tudesque et signifie terres nouvellement défrichées.1


Ainsi, l’abbaye bénédictine de Rothila, dans la Province Coblence-Trèves de l’ordre, allait participer activement à l’édification du nouvel empire carolingien ou du futur Saint Empire Romain Germanique. Nous verrons prochainement qui était enfin Effetia ?


1 Etymologies du nom de toutes les villes et de tous les villages du Département de la Moselle par Auguste Terquem. Paris 1864.


« Dans les chartes qui datent du temps de Charlemagne, le nom primitif de ce village était Rothila, mot tudesque qui se décompose ainsi : Ro, abréviation de Rottland, novale, terre nouvellement défrichée et mise en labour (allemand) ; Thila abréviation latinisée qui dérive de Theil, partage (allemand), division. Portion de terre novale, nécessairement confiée à des serfs, fermiers ou métayers. Rothila a pu avoir en même temps, mais bien plus tard, avoir une autre interprétation. Comme il existait dans le village un monastère (son origine est inconnue), le mot novale, lorsqu’il est au pluriel (français) signifie dîme ecclésiastique, perçue sur les terres novales

Rettel et l’Abbaye bénédictine - 2 - Naissance d’un village

Effetia, sœur de Charlemagne résidait un temps à Haute-Kontz (Uewer Konz). Elle aurait fondé un couvent bénédictin à Rettel vers l’an 800. Aucun écrit ne l’atteste formellement. L’Europe libérée du joug romain n’avait pas pour autant oublié la tradition orale héritée des sociétés antérieures celtiques ou germaniques. L’écrit était l’apanage des Romains puis de l’Eglise romaine à laquelle les princes de l’Europe d’alors prêtaient aide et assistance.

Le Roi Pépin (714-768) frère de Charles Martel et père de Charlemagne, marié à Bertrade de Laon, eut d’autres enfants avec d’autres femmes, mais l’histoire ne retiendra qu’une seule fille légitime : Gisèle, devenue abbesse de Chelles. Divers auteurs dignes de foi, citent quelques autres filles de Pépin et sœurs de Charlemagne : Aude,1 Rothaïde, et Adélaïde2 et d’autres encore restées dans l’ombre, notamment une certaine Effetia3 et encore une autre Berthe.

Effetia vit à une époque charnière. L’Europe sortie de l’emprise romaine retrouve ses élans antérieurs. Confrontée aux invasions diverses, des Huns notamment, elle s’appuie sur les structures héritées de l’Empire de Rome qui lui permettront de se construire sur la base du Christianisme. Ainsi à l’heure de la mise en œuvre de la trame sur laquelle le nouvel Empire Romain-Germanique doit s’asseoir, le réseau des Abbayes retrouvera une nouvelle vigueur grâce à Saint Benoît et aussi grâce aux donations des grands. En effet, combien d’églises, d’abbayes, d’écoles, ont pu ainsi être édifiées en échange du rachat de quelques faiblesses ou d’un vœu, comme cela fut certainement le cas dans l’entourage de Pépin et de Charlemagne.

L’abbaye bénédictine de Rettel était en fait une société de vie religieuse pour dames soumises à la règle de Sainte Scholastique (soeur de Saint Benoît), parmi lesquelles Effetia pris le voile et y termina sa vie. A sa mort elle reposa dans le sol de la Chapelle Saint Etienne du même couvent.

Quant à sa résidence de Haute Kontz, dont il fut question, il est fort probable qu’Effétia , cette noble femme, ait pu y vivre un temps. Ce village surplombe la vallée de la Moselle face à Rettel. Selon Auguste Terquem 4 : Haute-Kontz dérive de la contraction du mot tudesque, Kunstanlage (prononcer Kounst), il signifie promenade, jardin de plaisance. Haute-kontz a un point de vue admirable, il devait servir de lieu de délassement aux souverains qui résidaient à Thionville (Diddenuewen).

Installée dans la Province de Coblence-Trèves, l’érection de cette communauté bénédictine reçut l’assentiment de la plus haute autorité de l’Eglise en la personne de sa sainteté du Pape Léon III lui-même. 

Lire :
Le Couvent de Rettel – Charles Hoffmann - Das Kloster Rettel Geschicht

Notes de bas de page et références

1 Brouwer – Annales de Trèves 1557.
2 Mabillon, bénédictin – 1632
3 Don Calmet
4 Etymologies du nom de toutes les villes et de tous les villages du Département de la Moselle – Metz 1864.

l

Rettel et l’Abbaye Bénédictine – 3 – Charlemagne, Paul III et Angelram

La fondation de Rettel et de son Abbaye bénédictine aux alentours de l’an 800 par la princesse Effetia n’est pas formellement établie. En revanche, il est clairement prouvé que sa famille, celle du Roi Pépin et de Charlemagne, apparaît dans de nombreuses affaires de l’Eglise liées à la fondation d’abbayes bénédictines notamment. Sa mère, Berthe aux Grands Pieds, favorise l’agrandissement de l’Abbaye bénédictine d’Echternach et fonde celle de Prüm dans l’Eiffel, non loin de Rettel, et, sa sœur Gisèle devient l’abbesse de l’Abbaye bénédictine de Chelles, etc…

Effetia aurait été ensevelie sous les dalles de la Chapelle Saint Etienne du couvent de Rettel. Saint Etienne premier martyr chrétien est aussi Saint Patron de la Cathédrale de Metz. L’évêque de Metz de ces temps, Angelrame, nommé aussi Angilram ou Enguerrand, fut grand aumônier de la chapelle du Roi Pépin. Il accompagna l’Empereur Charlemagne dans la guerre contre la tribu hunnique des « Avares ». Le prélat meurt durant cette épopée en 791 dans un endroit en pays Magyar, que nul n’arrive à situer, nommé Asnaghum traduit par Chunisberg, c’est à dire la Montagne des Huns. Or, ainsi se nommait alors la cense de Koenigsberg (Kinsbuerg), Asnaga, sur les hauteurs de l’Altenberg (Aleberg) près de Rettel. Elle appartenait à l’évêché de Metz, jusqu’en 1255 année de sa donation au Couvent de Marienfloss par le Duc de Lorraine. (voir l'article sur Koengisberg)

Angelrame, bénédictin originaire de l’Abbaye de Saint Nabor à Saint Avold, fut l’ami d’un autre moine bénédictin né en 750 à Rome qui devint Pape sous le nom de Paul III le jour de la Saint Etienne (26 Décembre) en 795. Coïncidences. C’est lui-même en personne qui consacra le couvent de Rettel et en fera la dédicace à un autre pape martyr : Saint Sixte. Paul III fit en effet quelques voyages en Allemagne, en 799, où il rencontra Charlemagne avant son couronnement.

La vie du monastère rettelois s’achève vers 1431 au moment de la peste. Les biens et droits seront repris par les Chartreux de Trèves établit à Marienfloss.

Conclusion

Rettel 1908, ma Moselle et son île


Rettel est un village nouveau créée aux alentours de l’an 800. Sa dédicace à Saint Sixte, un pape martyr, confirme qu’il s’agit d’une création nouvelle dans le cadre des biens d’Eglise. En effet les villages plus anciens sont généralement dédicacés à des saints patrons de légende ou d’un christianisme celtique tel que Saint Nicolas, Saint Martin à Rustroff, etc. L’église paroissiale de Rettel, construite plus tardivement, sera placé sous la tutelle du père abbé du couvent et placée sous le patronage de Saint Laurent martyr diacre de Saint Sixte. Notons la place importante qu’occupait Saint Etienne dans l’Eglise en ces temps.

Enfin, la Ferme de Koenigsberg fut-elle offerte à l’Evêque de Metz Angelrame et nommée Asnaga en sa mémoire ? Ce bien est racheté par le Duc de Lorraine après de longues tractations entamées par Saint Bernard lors de son passage à Rettel en 1147. Mathieu II en fait donation au nouveau couvent cistercien de Marienfloss en 1255.