Les Croix Basques dans le Val Sierckois

La Croix Basque

Croix basque sur une grange de Rettel
Rettel
Croix basques et roues solaires en Moselle

Le promeneur aura certainement remarqué sur de nombreuses façades des maisons du Val Sierckois de la rive droite de la Moselle, divers motifs décoratifs propres aux vieilles demeures rurales. Ce qui surprend à priori ce sont les croix basques, les rosaces ou autres figurations analogues qui ornent les linteaux des portes de granges ou des portes d’entrées de certaines fermettes.

Cela interpelle le visiteur, alors que c’est principalement au Pays Basques et encore en Bretagne que l’on rencontre couramment ce type de symbole. Et c’est pour cela que ces croix sont nommés « croix basques ». Ne seraient elle donc pas propre au Pays Basque ?

Qu’est-ce la croix communément nommée « basque » ? C’est une croix parmi les nombreux dérivés du svastika. Celle-ci est ce que l’on nomme aussi « croix gammée » car elle est formée de quatre lettres grecques « gamma » ou de quatre équerres. Elle est à la fois une croix et une roue. Disons que c’est une croix en mouvement.1

Malheureusement cette croix, qui possède une histoire plusieurs fois millénaire, a été récupérée par des sectes occultistes et notamment par certains milieux pangermaniques du 19ième siècle. Puis au début du siècle dernier ce fut le parti National Socialiste allemand « Nazi » et qui en avait fait son emblème, mais en inversant le sens des équerres ! Ce fut un détournement d’un grand symbole bénéfique commun à nombres de civilisations de tous les continents.

Mais en inversant un symbole il devient maléfique ! Et ce n’est pas une affirmation légère. Cette appropriation a eu pour effet de créer un amalgame bien regrettable qui risque de rester gravé, pour bien longtemps, dans l’esprit des générations actuelles et futures comme un emblème horrible compte tenu des malheurs de l’histoire qu’il rappelle. Et c’est bien cela l’exemple même de l’œuvre de la subversion qui utilise les symboles du sacré à des fins anti-traditionnelles et maléfiques.

Et à ce propos il y aurait beaucoup à dire sur les effets souvent négatifs de l’utilisation inconsidérée et irresponsables de symboles divers incompris par notre époque. L’apparition de logos de tout genre rappelant des symboles forts n’est pas toujours un hasard.

Il est intéressant de savoir que dans une des tourelles de la flèche de la cathédrale de Strasbourg se trouverait (encore en 1930) un svastika. Ce symbole représenterait la signature ou la marque des maçons constructeurs de l’édifice. Un nombre important d’autres bâtiments en Alsace reprendraient également des marques de formes différentes mais d’ordre plus philosophique des tailleurs de pierres. 2

Pour dessiner une croix basque il convient de tracer mentalement une croix à branches égales et de tracer sur celles-ci des demi-cercles. Puis en face d’elles il faut tracer encore au compas deux demies circonférences, égales, reliées entre-elles inversement. Cela revient à tracer en tout 12 cercles qui restent pour moitié invisibles. Douze cercles deviennent un ensemble symbolique bien connu. L’examen des figures laisse apparaître des similitudes avec la représentation orientale du « yin » et du « yang », de la croix berbères3 et de bien d’autres dérivés du svastika 4.

On retrouve dans le monde entier le symbole du svastika : bouddhisme, Inde, Japon, Corée, Europe celtique, Méditerranée, Étrusques, Europe germanique et nordique, Amérique du Nord et Amérique du Sud, Iles Canaries et Océanie etc. On le retrouve dans toutes les civilisations traditionnelles, y compris dans l’ésotérisme chrétien du Moyen-âge, comme le confirment notamment certains dessins au sol de la cathédrale d’Amiens. On peut penser que le Pays basque de par ses origines mystérieuses, proches des civilisations perdues Atlantes, dont on trouve encore des traces aux Iles Canaries, ont pu conserver particulièrement ce symbole.5 Les significations du symbole de la Croix dite basque sont nombreuses et complexes. C’est une croix avec nombre de dérivés, qu’il ne faut pas seulement imaginer plane mais aussi dans l’espace. Ce sont les quatre points cardinaux, les quatre éléments en mouvement.

Mais il faut aussi avoir conscience que par le centre de ces croix passe une autre branche ou un autre axe, celui de l’axe polaire, par exemple, qui en fait une croix dans l’espace à 6 branches. Le point central étant le principe supérieur dont tout dépend qui est hors du temps et hors du mouvement. A cela il faut ajouter que cette croix se trouve dans un cercle pas forcément matérialisé et plus exactement dans un globe, symbolisant l’univers, un monde ou même un ensemble de mondes. 6

C’est la marche des saisons et le mouvement cosmique, la naissance et la mort de la lumière et inversement de l’obscurité. Ce sont les deux solstices et les deux équinoxes, le soleil et le cosmos etc. On serait tenté de penser que ces symboles sont explicables dans nos villages parceque restés tardivement sous l’influence pré-chrétienne ?

Justement dans le Val Sierckois on procède encore au lancement de la roue en feu pour la Saint Jean ! Mais est-ce là vraiment un rapprochement immédiat à faire avec cette croix basque ? Un rapprochement identique pourrait être également fait avec le Gros de Sierck, cette vieille pièce d’argent frappée dans les ateliers monétaires du Duc de Lorraine dans la petite ville de Sierck les Bains en Lorraine.

Aucun édifice témoin du grand passé de la région nord de la Lorraine germanophone ne comporte de tels signes7 qui ne sont pas à proprement parlé des signes chrétiens, même s’ils ont fait partie des symboles ésotériques chrétiens à un certain âge dans les cathédrales construites par des corporations et le compagnonnage. Ce sont des signes d’une tradition commune et primordiale.

Il faut bien se résigner que l’apparition de ces croix, dans nos régions tout du moins, est récente et date du début du 19ième siècle comme le confirme les dates de construction des maisons en question. D’ailleurs les pierres taillées sur lesquelles apparaissent ces croix basques ne sont pas bien anciennes.

Ce phénomène serait donc d’ordre purement décoratif. Cela ne pouvait pas être autrement en début du 19ième siècle, époque post révolutionnaire marqué par l’épanouissement du profane et de toutes sortes de mouvements et de modes occultistes. Mais cela ne signifie nullement que notre région en temps très reculés n’aient un moment ou de l’autre de leur histoire possédé d’authentiques croix de ce type ainsi que d’autres signes traditionnels. Mais cela est invérifiable, à l’heure actuelle.

Notre monde actuel a perdu le sens profond de ces symboles qui agissent en permanence malgré tout qu’ils soient bénéfiques ou maléfiques. 8

1 Lire à ce sujet le symbolisme de la Croix de René Guénon
2 Voir René Guénon « Etudes sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage. Tome I – Editions Traditionnelle.
3 La civilisation berbère associe également croix et cercles
4 Sceau – Katham – en lettres monumentales koufiques, reprenant quatres fois la formule « huwah-Allah » – Lui (est) Dieu – en guise de swastika – Tirée de la « Sagesse des prophètes » Muhyi -d-din Ibn ‘Arabi.
5 Voir Jacques Gossart La Longue marche du svastika Dervy Livre – 2002.
6 Il y a lieu de consulter « Le Symbolisme de la Croix » de René Guénon – Guy Trédianiel Editions Véga.
7 Pas directement certainement. En revanche on remarquer sur de vieilles portes de la sortie de l’époque de sortie du Moyen-Âge ou de la Renaissance des motifs ou des frises « grecques », par exemple qui présente des analogies avec le svastika dans leurs formes symboliques.
8 Voir Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée » de René Guénon.


Recensement des Croix Basques en Moselle Nord

carte de recensement des croix basques en Moselle Nord
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