Cartaus Rettel Mosel

Cartaus Rettel (Moselle)

Une vieille pierre portant le sigle des Chartreux de Rettel CR qui signifie "Cartaus Rettel"

La Chartreuse de Rettel dépendait de Cologne. Rare sont les traces de cette abbaye détruite par la Révolution Française. Pour retrouver l'ambiance et l'esprit des cénobite de Rettel, nous résumons ici une traduction librre d'un article en langue allemande  de Brigitte Tomasczewski, publié par ses soins dans la Revue Flora Colonia , tome 5-6  1990/1996, et intitulé « Der Garten im Kartäuserkloster um 1500 " – Le jardin dans le couvent des Chartreux aux alentours de 1500.

Une vieille pierre portant le sigle des Chartreux de Rettel CR qui signifie "Cartaus Rettel"

Définition chartreux

Définition de Chartreux selon le dictionnaire historique Le Robert :

D’abord Chartrouse vers 1200 est issu du toponyme de Grande Chartreuse, lieu près de Grenoble où Saint Bruno fonda en 1084 le premier monastère de cet ordre. Ce nom en latin médiéval Cartousia (XIième siècle) d’où Cartuseria (XIIIième siècle) puis Cartusia semble correspondre à cato ou à cutrissium, peut-être à rattacher à Carturiges, nom d’une ethnie gauloise, du gaulois, catu, combat, et riges, pluriel de rix (roi).

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Les communautés de vie religieuses, souvent construites à l'emplacement d'anciennes villa romaines, jouissaient d'un micro-climat favorable dans nos régions Mosello-Rhénanes. Les températures se montraient alors plus généreuses de deux ou trois degrés. Les romains mirent à profit ces conditions exceptionnelles, en important du bassin méditerranéen des plantes alors inconnues: des roses notamment.

Saint Bruno, natif de Cologne, fonde l’ordre des Chartreux en 1084. Deux siècles seront nécessaires à parfaire les règles d’une vie monastique dans laquelle, la culture des végétaux représente une véritable école de la connaissance de Dieu. Le Moyen-Âge chrétien héritait le savoir des sociétés anciennes.

Des irlandais convertis au christianisme, riches du savoir druidique, parcourent le Nord de l’Europe dans des temps de grande  confusion, quand plusieurs mondes s'affrontent et se confondent. La réception de cet immense savoir oral des plantes a permis sa transcription dans les monastères. Cette flore soigne le corps par ses qualités thérapeutiques et structure l’âme. Connaître ses symboles propres permet l'accès aux états supérieurs et dans une autre mesure à la prière, à la méditation et à l'illumination. Les jardins médiévaux, revenus à la mode,  ignorent ces aspects ou les réduisent à l’anecdote.

La chartreuse de Cologne jouissait au 17ième siècle de 6 parcelles de vignes et de terres de culture par assolement, nommée Morgen (1). L’ensemble de l'abbaye était clos, entouré d’un muret bordé d'arbres à espalier de haute qualité. L'eau courante était acheminée par des conduits de bois ou de pierres. La communauté assurait ainsi son indépendance du monde extérieur. Végétarienne, elle s'obligeait à vivre de façon autonome, si possible.

Le fondateur de l’ordre avait imaginé une règle de vie commune basée sur la prière, la recherche spirituelle et les travaux manuels, permettant au moniale de vivre sa spiritualité en harmonie avec la création divine et le cycle des saisons.

(1) Morgen signifie matin et correspond au temps nécessaire au labour par un seul cheval d'un parcelle. Dans ces expressions d'origine celtique, ce n'est pas la surface qui importe, mais le temps nécessaire à l'exploitation de la terre. Voilà une approche différente de celle du cadastre moderne au servie des taxes foncières.

Le fonctionnement quotidien d'une communauté de vie religieuse cartusienne

Le fonctionnement quotidien d'une communauté de vie religieuse cartusienne

Le moniale, patres, dispose d'un jardin privatif de petite surface de moins d'un are. Il restait libre de jardiner sa cellule comme il l’entendait, conseillé, le cas échéant par le frère jardinier lui même. Il lui était recommandé de ne pas le laisser en friche.  « Tu remarqueras dans ce jardin ce que l’homme « ordinaire» ne voit pas et ce que le créateur est lui-même à l’œuvre. Le jardin apprendra à aimer ta cellule. Les fleurs sont une fête pour les yeux du cœur » lui disait son confesseur. Un chartreux fit la remarque suivante : « un optimiste plante des roses, un pessimiste des légumes et un réaliste laisse pousser l’herbe ». Cette remarque philosophique a cours  chez les hindouistes. Il était conseillé de construire dans son cœur une cellule mais aussi une maison ouverte où il était possible de se promener dans les méditations des Saintes Ecritures. "Les lys de la pureté, les roses rouges de l’amour divin et les fleurs de la patience du jardin nous aideront à nous soigner et à nous élever. Les violettes de l’espérance nous le rappellent." On  y cultive la rose, le lys et d’autres fleurs et un arbre à espalier. Les arbres de hautes futaies restaient interdits, afin que nul ne puisse y monter et observer le jardin voisin ou faire de l’ombre aux cultures proches.

Le procurateur décide avec le frère jardinier des semis et des plantations. Ce dernier gère les outils et les semences, bêche les terres, sème les herbes, bine et sarcle avec l’aide d’un membre de la communauté détaché auprès de lui. Le cuisinier de la communauté aidera le jardinier autant que faire se peut. Le Procurateur se charge des ruches, du miel et des abeilles et loge dans sa propre maison. Il reçoit les dons qu'il transmet à l'économe.

Toutes les parcelles ornementales se devaient d’être garnies de plantes potagères, d’aromates et de plantes médicinales : lavande, thym, sauge etc. Les chartreux possédaient le grand souci de l’harmonie et de l’esthétique.

Les tombes se situaient au croisement central près de la grande croix. C’est un emplacement hautement symbolique, c’est le carrefour des changements d’états. Elles s’alignaient à l’écart de l’aire des cellules. Lors de leur mise en terre, les morts revêtus de leurs robes blanches étaient allongés sur une planche de bois avant d’être glissés dans la tombe, ornée d'une simple croix en bois sans nom. Cela rappelait simplement qu’un homme à cet endroit attendait la résurrection. Un gazon  symbolisait la prairie céleste. Éventuellement des arbres fruitiers y poussaient afin de rappeler le rythme des saisons : la mort et le repos hivernal, la renaissance et la floraison du printemps, la vie passagère et les fruits de l’été.

Recettes médicinales ou culinaires

Recettes médicinales ou culinaires

Au chapitre général il n’était pas seulement question de théologie mais aussi d’affaires de culture et de botanique.

Les chartreux sont à l’origine de très nombreuses recettes médicinales, contre les poux et pour la conservation des fruits etc. Johannes Reckschenckel de Trèves (1580-1596), prieur des chartreux de Cologne recueille dans un ouvrage toutes les nombreuses recettes. On y fait très souvent mention des remèdes à bases de coins et de cerises.

Le livre des recettes du prieur Johannes Reckschenkel, contient celles des choux, des betteraves rouges, des épinards, des oignons, des poireaux, des radis etc. Mais aussi du maïs et des tomates, des haricots nains et à rames. Beaucoup de pommes de terre furent cultivées dès leur importation des Amériques. Le prieur fit des rapports à Philippe II d’Espagne et au pape Pie IV pour faire connaître ces légumes mais aussi pour leur donner les meilleures façons de les cuisiner. Son livre de recettes est un livre pour fins gourmets. Ainsi toutes ces recettes ont été orientées pour le bien et le sens du végétarisme dans les communautés religieuses. De nombreuses recettes de longue conservation des récoltes pour l’hiver furent conçues et de nombreux remèdes contre les douleurs dentaires, les cailloux rénaux et les coliques, par exemple.

Cela n'est pas sans rappeler, que la cuisine revenait à un prêtre dans les sociétés hindouistes.

Les fleurs et les plantes et leur symbolisme dans la vie chrétienne

Les fleurs et les plantes et leur symbolisme dans la vie chrétienne

Les autels des chapelles latérales des églises chartreuses reprenaient le thème de l’Iris Germanica, le symbole de la descendance royale. Elle rappelle que Marie est la Reine du Ciel et que Sainte Barbara est de sang royal.

Les fleurs tiennent une place importante pour celui qui en connaît leur sens, elles permettent de trouver le chemin de l’illumination. Le lys était le symbole de la ville de Florence. La pomme symbolise la vie et la connaissance du monde sensible mais aussi  la tentation et les péchés.

Les Fraises de bois font partie des fleurs mariales du moyen-âge. Les pétales symbolisent le blanc de l’innocence ou de la virginité. La forme des feuilles suggère la Sainte Trinité. Elle symbolise aussi le danger de la tentation et de la concupiscence. Ces fruits peuvent être servis en légumes. Une femme qui a perdu un enfant ne doit pas en manger à la Saint Jean, car la Vierge Marie conduit les petits enfants morts au paradis cueillir des fraises des bois.

Les religions, si possible, élevaient des fleurs d'origine méditerranéenne et de la Terre Sainte. L’Iris bleu ou blanc près de la Vierge symbolise l’incarnation du fils de Dieu, Jésus. Le bleu de l’Iris doit rappeler le bleu du ciel: symbole de la pureté, de la sainteté et de la résurrection. Hildegarde von Bingen et Brunfels rapportent bien d’autres choses dans leurs écrits.

La Bourache – Boraga officinalis

Les fleurs bleu ciel garantissent un miel délicieux. D’origine méditerranéenne, elles craignent le gel. Mélangées au vinaigre elles virent au rouge.

Selon Pietro Andrea Matholo, les sommités fraiches mélangées aux légumes ou au breuvage fortifient le cœur. Elle serait bonne pour soigner l’asthénie, le sang, les faiblesses en général et la mélancolie.

Hachées, les feuilles peuvent être mélangées à la salade ou encore accompagner une tartine de beurre. Dans la boisson elles sont rafraichissantes.

Les œillets – les œillets des Chartreux

Rouges, elles sont le feu du ciel. Elles protègent les maisons du tonnerre. Elles poussaient à Steinach sur les pentes calcaires de la Grande Chartreuse. Dans celle-ci  des nonnes  correspondaient avec des moines chartreux de Schnals. Ils s’échangeaient des œillets. Mais jamais ils ne pouvaient se rencontrer. Leurs relations pourraient se comparer à cet amour courtois du Moyen-âge.

La Sauge – Salbei – Salvia officinalis


C’est un arbrisseau d’origine méditerranéenne. Il est très aromatisé et ses propriétés médicinales sont prodigieuses. Son nom, Salvia, signifie santé. C’est aussi une plante mariale, l’herbe de la Vierge. C’est l’arbre du Mois de Mai par excellence.

Cette plante n’a pas quitté les mémoires, comme beaucoup d’autres plantes de cette époque, car on retrouve fréquemment la sauge en fleurs sur les tableaux du Moyen-âge, sur des images d’autels, par exemple. Hildegarde de Bingen rapporte que la sauge soigne le nez, les muqueuses, la pituite, les glaires, le souffle, la respiration douloureuse, les irritations de l’estomac et de l’œsophage (ulcères). Otto Brunfels donne la recette suivante : « cuire des fleurs de sauge dans du vin. Filtrer au besoin et essorer. En boire souvent, avec modération malgré tout.

Enfin la sauge des bois, Ambrosia des Gottes, toujours selon les écrits cartusiens, aurait le pouvoir de soigner les paralysies et les épilepsies.

Genévrier – Wacholder

On trouve cette plante en Europe, en Chine du Nord, en Afrique du Nord et en Amérique du Nord. Elle soignerait les douleurs de poitrine et les poumons. Elle soignait déjà au Moyen-âge les individus exposés à la fumée. Elle soigne aussi les maladies infectieuses et donc la manie de fumer.

Pour finir

Joseph Becker et Franz Carl Gereon furent deux pères chartreux célèbres de Cologne qui naquirent à la fin de la première moitié du 18ième siècle. Le premier fut appelé par la population le « roi de la tulipe » et le second fut à l’origine de la recette de « l’Eau de Cologne ». Chaque abbaye possédait sa spécialité à base de plantes. On songe à la liqueur de la Chartreuse notamment. D’autres fabriquaient des chapelets à partir du bois de leurs forêts de buis, comme à Rettel en Moselle. Le buis est en effet un des bois les plus durs.

L'histoire de la chartreuse

Nous reviendrons plus en détail de l'histoire de la Chartreuse de Rettel. Venus de Tèves, les moines s'installent dans un permier temps à Marienfloss près de Sierck-les-Bains.  En 1431 au moment de la peste, ils reprennent les biens et droits des bénédictin établis de longue date dans le village , aux environs de l'an 800.

Devise des chartreux

Charteux
Devise des Chartreux
Stat Crux dum volvitur orbis
La Croix demeure, tandis que le Monde tourne

Une devise rappelant un principe métaphysique.

fleurs des chartreux

L'Iris Germanica

fleurs des chartreux
L'Iris Germanica, la plante de Marie, symbolise la communauté des chartreux de Cologne

La Bourache – Boraga officinalis

fleurs des chartreux

La Sauge - Salbei - Salvia officinalis

fleurs des chartreux

Otto de Brunfels

Otto von Brunfels

Selon Otto de Brunfels, Il y a deux façons de considérer les plantes: En tant que symbole et l'expression d’un langage sacré, ou en tant que création divine : minéraux, animaux et  êtres humains doivent être respectés pour leur propre loi de vie (sagesse). La seconde vision  des  éléments de la création s'est développée ainsi après la seconde partie du 15ième siècle, toujours plus admise et comprise ainsi. Les ouvrages des botanistes du Moyen âge le révèlent.

Les botanistes et les naturalistes allemands de cette époque ont préparé le monde germanique à une évolution de la pensée sur ce sujet. Elle a abouti à une véritable révolution intellectuelle. L’Allemagne, de par sa culture profonde germanique, a toujours été proche de la nature. Cette évolution qui a commencée par les visions propres à Otto Brunfels et à Hildegarde de Bingen, notamment, conjuguées à celles du vent de la réforme ont produit les philosophes de la nature et enfin le naturalisme. Cette évolution de la vision de la nature n’a pas cessé depuis.

Les travaux des botanistes de l'époque et du siècle d'après, tel que Baldung Grien (1534), se sont inspirés des théories d'Otto de Brunfels et ont développé sa thèse  de l’évolution d’une individualité des plantes sous l’influence du soleil et du climat.

Il fut moine chartreux à Strasbourg avant de se convertir au protestantisme. Grand botaniste, il naquit à Mayence. Son encyclopédie reprend alphabétiquement les plantes connues. Il les classera selon un genre masculin et féminin. C’est à la base de l’encyclopédie et à partir des plantes d’Otto Brunfels que des couleurs nouvelles furent produites.

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