Bac et gué de Rettel

Bacs et Gués sous la protection de Saint Nicolas
d’Päerdschwëmm et d’Pont beim Kleeschen

Les villages de pêcheurs se constituaient proches des rivières et constituaient le type même du village de vallée. Mais d’autres raisons économiques présidaient à la constitution progressive de villages proches des cours d’eau. Primitivement, ce sont les traversées de rivières qui nécessitaient la construction de gués. Ils étaient généralement établis aux courbes ou coudes des rivières. En effet c’est le courant dans la sinuosité du cours d’eau qui façonnait le gué. C’est la proximité de ce gué qui justifiait l’existence d’un village. La courbe de la rivière et le bac furent généralement situé à l’entrée des villages.

Monsieur Gaston Roupenel dans son « Histoire de la Campagne Française » relate : « Presque toujours leurs sites (les villages) correspondent à la fois à un ancien gué et à une courbe de la rivière ? Les deux choses sont en effet souvent associées. C’est la sinuosité qui façonne le gué. Le courant ralenti après avoir heurté et érodé une rive concave, laisse presque aussitôt déposer les débris dont il vient de se charger. »

Il est vraisemblable que la pêche, le gué, le microclimat et plus tard la batellerie et la situation géographique exceptionnelle que constitue la terrasse sur laquelle est posé le village et qui le protège des crues de la Moselle contribuèrent au développement de Rettel.

En celtique gué se traduit par °rito. La tentation est grande d’attribuer au nom de Rettel cette justification étymologique. Mais bien des questions se posent encore quant aux diverses appellations de ses lieux dits sur l’ensemble de son ban.

Les terrasses ou les escarpements surplombent bien souvent des courbes et permettaient l’installation d’un groupement d’habitation à l’abri de crues et c’est donc le cas de Rettel. Plus tard le bac devint source de revenu d’une communauté de vie religieuse, sous le contrôle des moines charteux.

On ne sait à quand remonte précisément l’existence de ce bac. Il est situé sur l’axe Lemestroff-Gandren et son utilisation fut l’objet d’une perception d’un droit par les bénédictins et leurs successeurs chartreux installés à Rettel. Ce droit fut confirmé à plusieurs reprises depuis 1433 par le Duc René de Lorraine et pour lequel il fallut souvent le défendre en justice. (Charles Hoffmann-das Kloster von Rettel)

Le gué a été détruit lors la canalisation moderne de la Moselle dans les années 60 bien qu’il ne fût hors service. Le service du bac qui le remplaçait quant à lui fut arrêté à la fin de la guerre 1939-1945, dégradé. Il resta de nombreuses années immobilisé sur la rive droite de la Moselle, sur le lieu même de l’embarquement. L’énorme caisse de résonance de sa carcasse amplifiait les pas des enfants qui y montaient pour jouer et cela pouvait s’entendre dans tout le bas-village. Du temps de ce bac, le passeur se tenait toujours sur la rive droite de la Moselle. Les voyageurs sonnaient la cloche installée sur la rive gauche pour l’avertir de leur projet de traversée.

De nos jours on devine encore l’aire d’embarquement de ce bac. La maison réservée au passeur est tombée lentement en ruine.

Sur la parcelle « Bruderschaftsstück - Bréiderschafsstéck » (parcelle de la confrérie, certainement de l’ancienne confrérie des bateliers : d’Nicklossbréider) entre les lieux-dits « Gewänchen » (petite Gewan) et Ponterkaul (fosse du bac) de l’aire d’embarquement, se tenait une vieille maison pas très grande qui avait la particularité d’offrir une niche destinée à abriter la statue de Saint Nicolas. On dit en effet que les passants, bateliers et voyageurs y jetaient une petite offrande à travers la fente prévue à cet effet.

Bien souvent ce fut également Saint Christophe qui fut le protecteur des inondations et des gués. Ces saints personnages de la Chrétienté ont souvent remplacé d’anciennes divinités païennes ou génies protecteurs de lieux de passage. Les fées dans la mythologie celtique donc gauloises, surveillaient carrefours et chemins dès la tombée de la nuit. Tout passage représente un danger tant pour le corps que pour l’âme.

Jusque dans les années 60 Saint Nicolas à Rettel était encore honorés de quelques offrandes quand les familles allaient se promener le dimanche sur la rive après avoir visité le cimetière. Puis les outrages dont il souffrit engagèrent la municipalité, en 1987, de le rapprocher du village.

La statuette du saint protecteur, en fait remplacée, et un bel abri tout neuf de pierres furent installées à l’entrée du village près du cimetière. Ainsi est née la rue Saint Nicolas, l’ancienne rue Principale. Celle-ci traversait le bourg du haut au bas village (vum Iewersdorf iwwer 't Niddersdorf). A tout Seigneur tout honneur!
  • Bite d'amarrage encore existante
  • 1967
  • Un bac sur la Moselle
  • Ce qu'il reste de la Miason du Bac
  • 1967-Niche de Saint Nicolas dans la maison du bac
Le photgraphie du bac téléchargé du journal Luxemburger Wort ne représente pas l'ancien bac de Rettel. Il s'agit également d'un bac sur la Moselle, certainement près de Rémich.